Quel jouet choisir la première année ?
Il est important de réfléchir à cette question en termes de sécurité ET de pédagogie.
La sécurité
Les jouets ne doivent mettre en danger ni la santé ni le corps de l’enfant. Les enfants sont vulnérables du fait que leur épiderme est plus perméable que celui d’un adulte, leurs poumons immatures et leur système immunitaire et nerveux en pleine formation. Or ils sont exposés quotidiennement à de nombreuses substances toxiques qui, même à faible dose, peuvent porter atteinte à leur développement (allergies, cancer, stérilité…)
Autres sources de danger pour l’enfant : des parties du jouet qui se détachent et peuvent être avalées, mauvaise finition qui peuvent entailler la peau de l’enfant…
Conseils généraux pour éviter ces dangers:
- Eviter les jouets parfumés.
- Préférer le label Oeko-Tex qui garantit des textiles sans substances toxiques.
- Débarrasser les jouets neufs de leur emballage et les laisser s’aérer au moins deux jours avant de les donner à l’enfant. Les COV (Composés Organiques Volatils) peuvent ainsi s’évacuer.
- Laver les jouets neufs en tissu avant utilisation.
- Choisir des jouets en bois brut non vernis ou décorés avec des peintures non toxiques et résistants à la salive.
- Privilégier les indications sans « sans PVC », « sans BPA », « sans Phtalates » sur les jouets en plastique.
- Préférer les produits avec des colorants alimentaires naturels (pâte à modeler, peinture…)
- Eviter les contrefaçons, fabrications type « made in China » qui ne respectent pas toujours les normes de sécurité en vigueurs en France et en Europe.
- Attention aux labels ! Le label CE, par exemple, est apposé par le fabriquant lui-même ! Le label NF « est une marque collective de certification. Elle garantit la qualité et la sécurité des produits et services certifiés. La marque NF garantit non seulement la conformité aux normes en vigueur, mais aussi à des critères de qualité supplémentaires correspondant aux besoins des consommateurs. » Source : wecf.eu
La pédagogie
« Très tôt, l’enfant utilise le toucher comme moyen de relation avec ce qui l’entoure. Longtemps la reconnaissance se fait par la bouche ; mais très vite la main touche, palpe, cherche. Quelques éléments autour de l’enfant peuvent favoriser cette recherche »
1) Les critères de choix
Pour choisir un jouet adapté aux plus jeunes, plusieurs critères sont à prendre en compte :
La forme
Privilégier :
– les jouets/objets minces et pouvant se saisir facilement par des petites mains
– les jouets/objets en « relief »
Eviter :
– ce qui est rond et va se mettre à rouler dès que l’enfant tentera de l’attraper
– les jouets/objets plats que l’enfant aura du mal à séparer du sol
– les blocs car ils ne donnent pas à l’enfant la possibilité de les saisir comme les jouets ayant une partie plus fine et plus longue qu’une autre, par ex : les jambes de la girafe Sophie.
La surface
Varier les différents types de surface : lisse, ondulée, en gruyère… car cela offre une source importante de stimuli tactiles.
Le poids
Entre 5 à 20g pour les nourrissons puis progressivement de plus en plus lourd.
La taille
Des petits objets pour les nourrissons puis progressivement de plus en plus grand. Veiller à ce que l’objet, ou au moins une partie de celui-ci, puisse être saisit par une toute petite main.
La matière
Elle influe sur la forme de l’activité : 1 chiffon sera froissé, tiraillé, d’autres objets seront grattés, tâtés, pressés… Les objets durs seront frappés sur le sol, le mur… d’où la nécessité de varier les matières.
La variété
Elle est importante car elle permet une multitude d’activités, de découvertes, expériences ET permet à l’enfant de faire un choix, de susciter le désir et donc les efforts nécessaires à la satisfaction de ce désir !
2) Attention aux stimuli spéciaux
« A ce stade, c’est la couleur de l’objet, sa taille, sa forme, qui éveillent l’intérêt. Ensuite, c’est le souvenir des expériences acquises lors de la manipulation qui le rend attirant pour l’enfant »
Attention aux objets avec des « stimuli spéciaux » sensés éveiller bébé comme :
- les sons musicaux émis par un hochet secoué, un animal en plastique pressé…
- les mouvements amplifiés comme ceux du culbuto qui continue à bouger même lorsque l’enfant ne le touche plus ou encore le chien à tirer qui remue la queue sous l’effet de la rotation de la roue.
Ces stimuli spéciaux suscitent l’intérêt de l’enfant mais il en découle une activité moins variée, moins riche. Les stimuli interpellent l’enfant et le détournent de son activité initiale, voir la stoppent. L’attention est furtive.
« C’est le cas du culbuto qui fait naître régulièrement chez l’enfant une attention concentrée mais peu durable, l’enfant ne sait pas quoi faire avec »
3) Quelques exemples à titre indicatif
Dans la mesure où chaque enfant est différent et unique et se développe à son rythme, les données en âge ne sont qu’une indication. Seule l’observation de l’enfant peut renseigner sur le « bon » jouet/objet à proposer.
Le choix est rendu difficile par l’industrie actuelle. Si le choix est dense, il ne répond pas forcément aux exigences pédagogiques et de sécurité. On peut cependant largement piocher dans les objets usuels n’ayant pas à la base une fonction de jouet : tels que écumoires, cuillères en bois, moule à glaçons souple, bouteille d’eau vidées de leur contenu et remplies d’éléments naturels, de perles, plumes… (penser à coller le bouchon au pistolet à colle)
3/6 mois
-petits carrés de tissus colorés (taille d’un mouchoir en tissu)
-hochets légers et silencieux
-personnages / animaux avec longues pattes
-bracelets, anneaux fins…
L’intérêt de ces jouets/objets est qu’ils sont légers, souples, longilignes, faciles à saisir, dépasse la main donc peuvent être vus et saisis à différents endroits par le bébé.
6/9 mois
-anneaux plus gros
-girafe Sophie
-petites corbeilles à trous, légères
-moules pour faire des pâtés, porte savon…
-cuvettes, sceaux de tailles différentes
L’intérêt de ces jouets/objets est multiple. Ils sont intéressants :
- de par leur facilité à être saisit,
- du fait qu’ils proposent un plein et un creux,
- parce que l’enfant peut y mettre quelque chose dedans.
9/12 mois
-récipients de toutes les tailles, de toutes les formes, de toutes les matières
-hochets grelots
-balles de tailles différentes et de textures/surfaces différentes
-couvercle type petits pots de tailles différentes / bouchons plastiques de bouteille de lait…
-le matelas d’eau (prendre un matelas pneumatique d’enfant, le remplir d’eau à moitié et souder à chaud la valve de fermeture pour éviter toute inondation)
12/15 mois
-les même encore… plus jouets à tirer, à pousser…
-balles de ping-pong (colorées)
-manipulation sur drap ou dans une bassine au sol de brisure de riz, semoule, sable, eau…
-tirelire (boîte de lait avec couvercle ajourés pour y faire passer des couvercles de petits pots par ex)
-abaques
A tout âge
-bulles de savon
-couverture de survie
-plumes
-livres (petits, légers, en carton, simples, représentant le quotidien de l’enfant, des objets, des animaux…)
Les peluches peuvent être utilisées comme objets câlin. Certains aiment, d’autres pas. En termes d’activité et d’éveil, elles sont souvent inutiles et encombrantes.
« L’observation statistique a montré par ailleurs que dans un groupe d’enfant en activité libre de manière habituelle, les objets suscitant l’activité de plus longue durée sans que l’enfant en détourne son regard vers autre chose étaient : de 3 à 6 mois : les tissus colorés ; de 6 à 9 mois : les seaux, récipients et objets creux ; de 9 à 12 mois : les balles et les seaux. La plupart de ces jouets sont silencieux, alors qu’on croit communément que les bébés sont attirés par tout ce qui fait du bruit… attirés peut-être, mais souvent ils en ont un peu peur, surtout quand ils ne comprennent pas d’où vient le bruit. Les enfants ne les choisissent pas spontanément. Ce sont souvent les adultes qui les utilisent pour faire rire le bébé, un peu comme quand ils jouent à le chatouiller. En faisant cela, ils l’excitent parfois plus qu’ils ne lui font réellement plaisir. En revanche, les enfants aiment CREER des bruits : en frappant les objets sur le sol, sur des surfaces différentes, l’un contre l’autre, etc… »
4) l’accompagnement de l’adulte
« Ce n’est pas posséder des jeux qui importe, c’est les mettre entre nous qui les rend féconds »
Le premier jouet du nourrisson c’est son corps. Il va découvrir ses mains, ses pieds… et essayer, petit à petit, de se mouvoir…
Ensuite, ne lui mettez pas tous les jouets/objets à la fois. C’est grâce à l’observation de ce qu’il en fait et ses capacités que vous pourrez ajuster vos propositions et ajouter progressivement d’autres objets/jouets.
Les disposer autour de lui, sur le tapis, ni trop près, ni trop loin pour susciter son intérêt et favoriser sa réussite.
« De nombreux spécialistes estiment que le fait de choisir [un jouet] et l’effort réalisé pour [l’] atteindre favorisent le développement de ses capacités intellectuelles et de sa volonté »
Lorsqu’il se déplace, il est important de veiller à ce que les jeux soient remis en ordre. Le coffre à jouets n’est probablement pas un bon système, car les objets s’y trouvent en désordre. Une présentation cohérente et ordonnée permet à l’enfant de se construire des repères dans l’espace et de faire un choix volontaire en fonction de ce qu’il voit. Cela favorisera également, de façon inconsciente, sa capacité à ranger lorsqu’il sera plus grand.
Il est également important de proposer à l’enfant des moments de jeux ensemble par le biais de comptines par exemple. Chanter, discuter, danser, écouter de la musique…
« Jouer à deux, c’est prendre du bon temps ensemble autrement que par la parole, l’amour et la nutrition. »
Bibliographie
- Anna Tardos, psychologue, « La sélection des jouets du point de vue pédagogique » conférence donnée devant les pédiatres de crèches et pouponnières en Hongrie (1965)
- Chantal de Truchis, « L’éveil de votre enfant, le tout-petit au quotidien », Albin Michel,1996.
- Pascal Deru, « Le jeu vous va si bien ! », éditions Le souffle d’or, 2006.
- Catherine Dumonteil-Kremer, « Jouons ensemble…autrement », la plage éditeur, 2007.
- Jean Epstein et Chloé Radiguet, « L’explorateur nu, plaisir du jeu, découverte du monde », éditions universitaires, 1997.
Ecrit réalisé dans le cadre de la crèche familiale où je travaille actuellement, à destination des assistantes maternelles dont je suis référente et que j’accompagne dans leur professionnalisation, à partir des supports cités en bibliographie en 2014.
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