Noël et la demoiselle

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L’automne est arrivé.

La luminosité s’affaiblit. Les feuilles se décrochent de l’arbre, petit à petit, et dansent au gré du vent jusqu’à recouvrement du sol d’un épais manteau chatoyant. Rouges, oranges et marrons, elles crissent sous nos pas. Les bogues de châtaigne, piquantes mais intrigantes, attirent les petits doigts. L’automne est là et permet de ressentir et vivre la saison à travers de nombreuses manipulations et sensations.

Et pourtant, tapie au creux de moi, une question se réveille déjà, sautant ainsi le pas de l’automne pour se poser directement sur l’immaculé manteau blanc de l’hiver.

Je suis là, auprès du poêle, avec mes enfants, confortablement installée sur le canapé.

Je suis là, bien empêtrée, avec cette question qui raisonne dans la maison : le Père Noël existe-t-il ?

Je suis admirative de celles et ceux qui ont déjà trouvé leur réponse à eux. Celle qui est en accord avec leur raison, leurs émotion, leur être profond et qui, de fait, peuvent la transmettre sereinement à leurs enfants.

Que répondre ? Je ne sais pas.

Je suis perdue dans cette histoire de Noël comme dans l’immensité immaculée des champs d’hiver où l’on ne voit rien d’autre que du blanc. Du blanc derrière, du blanc devant, du blanc de tout côté, sans que rien ne permette d’indiquer… une ébauche, un semblant … de direction.

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Que répondre alors ?

Qu’il existe une merveilleuse histoire qui raconte que la nuit de Noël, un vieux père, distribue aux enfants (sages) les cadeaux tant convoités durant l’année, en passant par les cheminées… puis refermer le livre et vivre avec eux la réalité d’un mois de fête, de décorations, de lumière, de partage et d’offrande.

Qu’il existe une merveilleuse histoire qui raconte que… puis laisser le livre ouvert et vivre avec eux dans la croyance que…

Entre les deux, je balance, inconfortable et indécise. Cette errance, du sens à donner à cette histoire de père qui à Noël …a commencé comme ça :

Il était une fois, une demoiselle qui voulait accueillir des enfants pendant que leurs parents allaient travailler. Pour cela, elle commença par aller à l’école, un centre de formation d’éducateur de jeunes enfants, ça s’appelle comme ça  cette école là ! Là bas, on lui dit ( entre autres choses ) que raconter aux petits enfants que le Père Noël distribue des cadeaux, alors qu’en fait ce sont les parents, ça s’appelle du mensonge. Et qu’un jour, les enfants découvrent qu’ils sont trompés ! Ils s’aperçoivent alors que leurs parents, en qui ils avaient toute confiance, leurs ont menti. Quelle déception alors ils peuvent éprouver en réalisant que les adultes mentent et qu’on ne peut pas forcément leur faire confiance ! Pour la demoiselle, c’était clair, il ne fallait pas mentir, non ! Le Père Noël ne passerait pas par elle !

Puis le temps a passé…

La demoiselle était formée et travaillait auprès des jeunes enfants jusqu’au jour où elle eu, elle-même un enfant, un garçon, le petit/grand de son prénom. Elle l’adorait, le choyait, le gâtait…

Puis un jour, arriva le premier Noël de son petit/grand et elle ne sait plus trop bien ni quand, ni pourquoi, ni comment mais il se trouve que son petit/grand se mit à croire au Père Noël ! Il était bien passé par elle ! Elle n’en était pas vraiment contrariée car elle avait comme qui dirait oublié cette question du mensonge. Ce qu’elle pensait vraiment s’était caché si profond en elle, qu’elle n’y pensait même plus. Et ils passèrent comme ça de nombreux joyeux Noël.

Enfin presque… Parce qu’il y avait toujours quand même, sans savoir ni quoi, ni pourquoi, ni comment, un quelque chose qui n’allait pas, à Noël.

Les Noël, c’était toujours compliqué. Jamais comme elle voulait. Elle voulait recevoir chez elle, elle était reçu ailleurs. Elle voulait que son petit/grand ouvre ses cadeaux le matin, en se réveillant. Il les ouvrait le soir en se couchant. Elle parlait du Père Noël mais il y avait toujours quelqu’un pour dire « je ». Cette fête magique, chaleureuse et féerique était toujours un petit peu entachée par cette opposition fiction/réalité. Elle était, à chaque fois, émotionnée que la magie ne soit pas totale. Noël, pour elle, c’était finalement la galère, ça lui laissait un goût amer.

Une petite/petite est arrivée. Loin des siens, la famille (le père, la mère et les enfants) a déménagée. Le 1er Noël de la petite/petite, sans le reste de la famille, s’est déroulé dans la tristesse et la monotonie. Il n’y avait personne cette fois pour contrarier la demoiselle mais ceux qu’elle aime n’étaient pas là. Noël comme ça, non, non, non, ça n’allait pas.

Le Noël suivant, ce fut le summum de l’agacement, pour elle, la demoiselle. La grand maman et la tata des enfants ne s’étaient pas accordées et avaient acheté le même jouet pour la petite/petite. Ca lui est montée au cerveau comme la moutarde monte au nez !

Atchoummmmmm

Elle était contrariée, la demoiselle, que cette fête tourne toujours au vinaigre ! Comment le Père Noël pouvait il offrir deux fois le même jouet au même enfant se dit elle ? Et comment l’expliquer au petit/grand ? Elle était fatiguée de gérer sans cesse les ratés de Noël ! Si seulement ils connaissaient la vérité, se dit elle, ce serait tellement plus simple ! A ce moment là, une once de sa propre pensée originelle sur la fête de Noël commençait à remonter du plus profond d’elle-même vers la surface. Tout doucement, tout doucement, à petits pas, à petits pas…

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Au même moment, une amie lui dit que chez elle, on ne parlait pas du Père Noël. Enfin, si mais comme d’une belle histoire, tel celle de Cendrillon ou de La Petite Sirène. Comme un conte fait pour entrer dans le rêve, ensemble, et traverser le dur et froid hiver qui accompagne Noël.

Et là, sa pensée originelle (ne pas mentir aux enfants à propos du Père Noël) sorti d’un coup, violement, comme une claque donnée pour réveiller l’enfant et faire naître la maman, responsable d’accorder discours et pensée. Ouf… qu’elle choc se fut pour la demoiselle, très peu sûre d’elle et déconcertée par cette vérité qui éclatait après tant d’année de refoulement.

Depuis ce Noël là, ça bouillonne en elle. Elle ne sait toujours pas si elle doit ou pas, dire ou pas la vérité à l’aîné, mentir à nouveau ou pas à sa cadette. Elle se dit d’ailleurs qu’elle est bien bête de ne pas savoir ça ! Elle culpabilise. Elle s’enlise dans cette histoire de choix. Le problème c’est qu’elle n’est pas seule à choisir pour ses enfants. Il y a aussi M. Papa. Lui il ne bouillonne pas. Il ne s’enlise pas. Il y croit et souhaite voir ses enfants y croire à cette histoire là.

Même si aujourd’hui, elle sait ce qu’elle souhaite (ce qu’elle a toujours souhaité pour ses enfants mais qu’elle avait occulté dès le premier Noël blanc de son petit/grand), elle doit en discuter avec M. Papa, avancer ses arguments, écouter les siens, négocier et se décider.

Vite car bientôt un autre Noël va arriver !

Vite car elle va devoir se préparer à la réaction de son petit/grand ! « Vous m’avez menti alors que c’est interdit ».

Vite car il va falloir savoir que dire à la petite/petite avant de se faire dépasser par la folie de Noël qui va bientôt déferler dans les rues, les magasins, les écoles et les copains…

Alors, elle se prépare la demoiselle, à parler à cœur ouvert avec M. Papa, à lui faire comprendre que pour elle ce Noël là sera nécessairement un Noël autrement. Qu’il sera beau et merveilleux, rempli d’amour et lumière, de partage et de cadeaux mais de personne à personne, dans la vérité, dans la réalité et aussi dans l’émerveillement.

Elle se prépare à accueillir les émotions de son petit/grand et même si elle essaie de ne pas le montrer, elle a peur. Peur de ne pas y arriver. Peur de ne pas être à la hauteur. Peur même de laisser faire, de tout lâcher et de laisser repartir se cacher, au plus profond d’elle, sa pensée originelle.

A suivre…

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