03 juillet 1999 : Temuco

Après avoir découvert le quotidien de Marie, qui sera bientôt le mien aussi, commence notre road trip à travers le Chili. Première destination, Temuco.

Nous sommes trois à voyager. Marie la française, mon amie dont je vous parle depuis le début, Marie la chilienne, celle que vous allez découvrir ici, et moi. Nous arrivons à Temuco, dans la région natale de Marie la chilienne, pour passer la fin de semana (week end), après de longue heures de bus.

Marie la chilienne, c’est la « nana » qui s’occupe des enfants et de la maison de Carlos et Gloria. C’est une pratique courante et aimante au Chili qui permet de sortir les jeunes filles de la misère en leur offrant un travail, un toit, un salaire et souvent une vie de famille sereine. Beaucoup de jeunes filles montent ainsi travailler à Santiago et ne reviennent chez elle, qu’une à deux fois par an, les bras chargés de cadeaux. Leur retour dans une famille, souvent usée par l’alcool et la violence, n’est généralement pas des plus facile. 

De notre petit tour dans Temuco je retiens deux souvenirs principaux.

Toute d’abord l’image de la feria pinta (marché traditionnel extrêmement coloré) où les indiens Mapuche vendent légumes, poulets, laine de lama, carioles, etc. Je tombe en amour pour l’artisanat local et repars les bras chargés de pull en laine de lama, d’ocarina et de bâtons de pluie.

Puis l’anecdote du chocolat chaud! Boire un chocolat chaud au petit déjeuner n’est pas habituel dans cette région. Je ne le savais pas. Alors que les deux Marie demandent un café, je demande « un chocolat chaud por favor », fière de me débrouiller. Le visage du serveur se ferme aussitôt.

« Qu’est ce que c’est que ça? »

« Ce n’est pas grave, je vais prendre autre chose » lui dis je un peu gênée.

C’était sans compter sur l’hospitalité et le goût de faire plaisir, de bien accueillir des chiliens! Le serveur se mit alors à courir, de droite à gauche, d’une boutique à une autre, pour revenir quelques minutes plus tard, tout essoufflé mais satisfait. Il avait mis à contribution différents commerçants pour me confectionner ce que je lui avais demandé : un chocolat chaud! Du cacao non sucré dans le fond de la tasse, du lait chaud et du sucre à côté. Excellent! Humainement et gustativement.

Direction Theodoro Smith, où vit la famille de Marie. Ses sœurs nous attendent à l’arrêt de car puis nous accompagnent à pieds jusqu’à la maison. De part et d’autres, les maisons semblent fragiles, prêtes à s’envoler au vent. Les familles semblent peu fortunées. Je suis à la campagne mais la pauvreté est la même que dans la poblacion.

Nous arrivons devant une petite maison, faite de taule et de planches de bois pour les murs et le toit. Composée d’une petite cuisine et de trois petites chambres, elle abrite une famille de 8 personnes. Les toilettes n’ont pas de chasse d’eau. Il n’y a pas de douche. Seul un robinet d’eau froide, dans le jardin, abrité par une cabane en bois, dont la porte se ferme avec un bout de laine entortillé à un clou, permet de se laver. C’est la première fois que je côtoie autant de pauvreté pour manger, dormir et me laver. Je ne suis pas à l’aise. Je sens que le quotidien dans ce lieu de vie, entre dénuement et promiscuité, va être compliqué et je me sens en même temps tellement privilégiée d’y être invité.

Au repas, découverte de la casuela (plat traditionnel) qui ressemble un peu à notre poule au pot. Ce sont des morceaux de poulets dans un bouillon de légumes. Le poulet doit être mangé en premier avant de boire tout le bouillon. C’est particulier et j’avoue que le bouillon a du mal a passer! Mais quand on sait avec quel plaisir et quel sacrifice ce bouillon nous est offert, le goût n’a finalement que peu d’importance! Ce qui compte c’est l’expérience.

La maman de Marie la chilienne veut absolument nous faire visiter sa région. Et elle a raison. Elle paie un taxi, quelle folie, qui nous emmène, tout là haut, sur la colline qui domine le fleuve. Les paysages verdoyants me rappellent ceux du Morvan. C’est grand, immense et beau. Le soleil se couche lentement et ajoute aux paysages une dimension magique.


De retour à la maison, il faut aller faire les courses pour la once. Marie la chilienne en profite pour me fait visiter sa ville, son église, son école, sa mairie. Elle m’offre même une barquette de fritte. Quelle générosité ! Merci Marie.

Marie la française et moi dormons dans une des chambres de la maison, le reste de la famille s’étant agglutiné dans les deux autres! Je suis gênée. Leur quotidien est déjà si compliqué, ma visite n’arrange rien. Je suis tiraillée entre reconnaissance, éblouissement et malaise. Un drôle de sentiment que je n’avais jamais ressenti auparavant. Collées, serrées dans un petit lit bossu et très froid, nous passons la soirée à philosopher, à discuter, se questionner, comme à notre habitude. Une fois apaisées par nos échanges et le partage de nos émotions, le sommeil nous rattrape vitesse grand V.

Le lendemain, d’autres paysages verts, bleus et lumineux s’offriront à nous. C’est un vrai bonheur de s’y promener, de les photographier. 

Pourtant, c’est déjà l’heure de se quitter, l’heure de rentrer vers Santiago, le temps d’une halte, d’une pause déjeuner avant de repartir cette fois, de l’autre côté, tout là haut! Direction Calama!

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