Découverte du Hogar (foyer) « Dios con nosotros ». Rencontre aves les tias (tatas) et les tios (tontons). Ils ne sont pas les oncles et tantes biologiques des personnes accueillies. Il s’agit d’un terme courant pour désigner les personnes qui prennent soin, comme parfois en France, un enfant peut appeler son assistante maternelle « tata ». Nous prenons ensemble el desayuno (petit déjeuner). Les personnes qui fréquentent le centre sont toutes porteuses de handicap. Marie me les présente. Je l’aide à leur servir el desayuno et je participe ensuite aux activités de la journée.
Une activité « peinture » leur est proposée. Pendant que les accueillants décalquent et découpent des papillons, les accueillis peignent de grandes feuilles de papier destinées à recevoir les papillons par la suite. Je ne suis pas à l’aise. J’ai en face de moi des adultes. L’activité proposée me semble « enfantine ». C’est la première fois que je suis en contact avec des personnes porteuses de handicap. Les handicaps sont différents. Leur sociabilité aussi. Une femme, en particulier, crie beaucoup et fort. Je suis déconcertée. Je ne sais ni quoi en penser ni comment réagir. Cependant, ils sont tous charmants, sympathiques et s’organisent et vivent au Hogar de façon si naturelle et participative! Je suis impressionnée. Je me sens finalement inadaptée avec mes craintes et mes questionnements. Je découvre un monde nouveau, celui du handicap, dans un monde nouveau, le Chili. Je me sens doublement étrangère sur le moment. Petit à petit, en parlant avec eux, en les aidant parfois, en riant aussi, je me sens de moins en moins loin d’eux. Je m’attache même! J’apprends beaucoup de cette journée, sur le handicap mais aussi sur moi et sur ma capacité à être en empathie, à accompagner autrui.
Pendant la sieste (comme pour les petits), le personnel du Hogar prend el almuerzo (le déjeuner). Je suis là physiquement seulement. La discussion est vive et rapide. Je n’arrive pas à suivre. Ils ne me regardent pas, ne s’adressent pas à moi. Je me sens invisible. Quelle violence passive envers moi. C’est ce que je me dis à cet instant. Je me réfugie donc dans mes pensées. Ancien réflexe qui revient plus vite que la musique. J’ai beau faire des progrès pour parler en petit comité avec une personne qui prend le temps de vouloir communiquer. Je ne suis pas encore assez à l’aise pour suivre une conversation de groupe qui ne m’est pas destinée. Marie me reprend, me dit que je suis en tord, que c’est à moi de parler, de les solliciter, de m’intégrer. C’est vrai. J’entends ce qu’elle me dit.
Comment s’intégrer lorsque l’on ne se sent pas accueilli?
Cette question je me la suis posée ici, pour la 1ère fois. Avec le recul, je les en remercie car depuis je n’ai cessé de me la poser. Au Chili comme en France, dans ma vie privée comme dans ma vie professionnelle, l’accueil est le cœur de ma relation à l’autre. Ouvrir les bras, tendre la main, faire une place, écouter, recevoir, donner, ne pas attendre de l’autre mais faire le premier pas, ouvrir la voie, solliciter, soutenir, telle est aujourd’hui, de part mon expérience, ma façon d’accompagner.
Personne n’est parfait, ni moi ni aucun pays ne l’est, même pas le Chili. J’ai donc découvert ici, en le vivant dans ma chair, tant l’amour inconditionnel, l’accueil chaleureux que la nécessité d’accueillir.
D’autres activités. s’enchainent l’apprès midi, d’autres échanges avec Marie et avec le personnel, les accueillis. Je fais des efforts pour communiquer. Je suis brassée par cette journée qui semble tout de même avoir contenté tout le monde.
Avant de rentrer à la maison, Marie tient à me présenter une autre famille de la poblacion dans laquelle elle a séjournée durant quatre mois cette année. Autre famille, autre quartier et pourtant un accueil comparable aux précédents, celui des familles chiliennes. Leur richesse n’est pas financière mais leur cœur est grand.
Le soir est l’occasion de découvrir un peu plus ma famille chilienne. Lorsque je rentre Eliana est toujours là. Prête à discuter avec moi! Tout comme Magdalena, petite fille curieuse de tout savoir sur cette française, un peu bizarre! Quand je suis avec eux, le cafard part. Je me sens protégée. Légitime. Le contraste est saisissant entre l’extérieur et le dedans. Entre le ma journée au hogar et ma soirée à la maison.
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