29 juin 1999 : Ma famille chilienne

La matinée se déroule simplement, comme à la maison.

J’admire les livres de Carlos, ses créations photographiques sont incroyables, quel artiste! Nous avons cela en commun, Marie, lui et moi d’aimer la photographie agentique. La découverte de ce point commun me fait du bien, me permet de trouver le chemin vers lui, d’étoffer la relation. C’est bon.

Gloria s’installe auprès de moi sur le canapé. Je sens de suite sa douceur et sa bonté m’entourer. Je craque. Les larmes coulent encore. Des larmes de quoi? De tout cela. De tout ce que je suis entrain de vivre et découvrir, la séparation, la rencontre et l’amour. Ses bras et sa douce voix me réchauffe le cœur. Elle est là pour moi, elle que je ne connais pas. Ma famille me manque terriblement et Gloria le comprend. Elle me comprend. Elle admire mon courage d’être parti aussi loin, sans les miens. Elle, ne pourrait le faire, dit elle. Je pleure autant d’être loin de Julien que de me sentir aimée par chaque personne que je croise au Chili. Pour l’heure, la plus belle expérience de ma vie. Pleurer de tristesse comme de bonheur. Les pleurs sont le véhicule de l’émotion, quelle qu’elle soit et là, je suis traversée de millions d’émotions.

Aujourd’hui est un grand jour dans mon aventure chilienne, Gloria le pressens et fait au mieux pour m’accompagner à vivre ce moment, attendu et redouté en même temps. Aujourd’hui, je quitte la maison de Carlos et Gloria, pour une autre maison, une autre famille, celle d’Alberto et Cécilia. Quitter la maison du cœur et de l’amour est un peu angoissant. Vais je y arriver? Vais je survivre à une autre séparation? Vais je supporter de perdre tout ce que je viens à peine d’appréhender? Je m’interroge beaucoup. Sur moi et sur l’autre famille. Est elle aussi aimante?

Gloria trouve les mots justes. Les mots qu’il me faut. Les mots d’une mère pour sa fille. Les mots qui donnent confiance à un enfant et le poussent à aller de l’avant. Elle est incroyable cette femme! Je suis pleine d’admiration pour elle. Mon anxiété s’est envolée. Je me sens plus légère et pour la première fois, légitime et heureuse d’être là.

Comment cette femme, que je ne connais que depuis quelques jours seulement, peut et sait lire en moi au point de m’accompagner et me guider, me permettre d’être moi, libérée? Je ne sais pas. C’est comme si, là bas, au Chili, ils avaient ce truc là! Car ce que je ne savais encore à ce moment là, mais que je peux dire et écrire aujourd’hui, c’est que ma famille du Chili l’a aussi ce truc là!

Alberto est dans le jardin commun. Il parle avec Carlos. J’avance, confiante, encore émue et les yeux rougis. Il me sert dans ses bras, d’une force et d’une douceur paternelle mêlée, d’un amour que je sens déjà, posé, sur moi. Il me souhaite la bienvenue et me dit combien il  était impatient de faire ma connaissance. Il s’excuse de n’avoir pu m’accueillir dès mon arrivée. Il me dit aussi qu’il m’aime déjà et qu’il est content d’avoir un autre enfant à la maison. Je suis portée par ses paroles. Je ne touche plus le sol. Touchée en plein cœur. Je sais maintenant que je suis bien, ici, au Chili. Je ne suis plus seule. Je suis aimée, choyée. La belle vie peut commencer.

Au moment du repas, je fais connaissance avec le reste de la famille. Alejandra, Martin, Magdalena et Daniel, les enfants. Cécilia, la maman. Eliana, qui confectionne de bons repas et s’occupe tendrement de la maison et des enfants. C’est le moment pour moi de leur offrir quelques présents. Du cent pour cent terroir, fleurs de sel de Guérande, confiture de vin rouge de Bourgogne, herbes de Provence, pour eux qui aiment tant la France! S’ensuit un échange fort intéressant sur nos vies, nos familles, nos goûts, nos envies, la France et le Chili.

L’après midi, Marie et moi, somme invitées chez la tia (tata) Hilda. Elle travaille auprès de personnes porteuses de handicap. C’est une collègue de Marie. Pour y aller, nous prenons de nouveau la micro! Nous traversons une autre partie de Santiago, une autre poblacion. La nuit commence à tomber à notre arrivée, je ne suis pas rassurée.

Hilda nous accueille, elle aussi, de façon incroyable! Sa famille est là, au complet, pour nous rencontrer, parler, discuter. Quand je pense que mes neveux ne viennent même pas d’eux même, pour venir embrasser leur tante et qu’il faut les appeler voir les « menacer » pour voir apparaître le bout de leur nez, décollé de leur pc!

Sa maison est petite mais charmante. Nous prenons ensemble la once, le goûter. Pour les plus démunis, c’est aussi le diner n’ayant rien d’autre à proposer par la suite. Je suis reconnaissante de cette chance d’être aussi bien accueillie. Je suis un peu plus à l’aise avec l’espagnol. Ma conversation devient plus fluide et l’échange plus riche. Rien ne vaut l’immersion pour parler une langue. Mes progrès sont rapides. Bien plus rapide qu’en cours d’espagnol.

Il est tard, la nuit est totalement tombée sur Santiago. Retour à la maison.

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