27 juin 1999 : Arriver

Je sors et laisse l’aéroport de Santiago du Chili derrière moi. Devant, mon amie Marie est là, deux de ses amis du Chili aussi.

Tous m’embrassent, me serrent, me sourient, me saisissent par la main et m’entrainent au loin. Allez viens! Je suis comme pétrifiée. Pourtant, j’ai envie de reculer, de les stopper, de leur dire « hey ça ne va pas non? Qui êtes vous? On se connaît? « . Une telle étreinte amicale de la part d’inconnus, je n’avais jamais expérimenté ni même vu! Je comprends leur bienveillance mais je me sens tout de même un peu agressée. Ils ont pénétré mon espace sans mon aval. Je ne sais pas quoi en penser. Je n’en dis rien mais l’intensité de ma surprise doit se lire dans mes yeux et se voir à mon allure stoïque.

Marie utilise tantôt l’espagnol, tantôt le français. Ses amis, uniquement l’espagnol. Normal, nous sommes au Chili et l’espagnol est la langue officielle. Je ne comprends rien. L’espagnol d’Espagne, appris au collège, est loin dans mes souvenirs et loin de ressembler à l’espagnol parlé en Amérique latine. Je suis comme piégée dans un ailleurs, en vol, au dessus de la scène qui se joue, au dessus de la terre qui m’accueille, au dessus de mon propre corps. Les sons me paraissent lointain.

La voiture démarre et fonce à travers la ville, comme dans un film d’action. Elle passe devant le rio Mapocho, traverse mille et une rues, stoppe net devant les grands monuments et repart aussi sec. Visite express de la capitale. J’ai le tournis et une petite nausée qui monte. Tout va si vite que je redescends obligatoirement. Je m’ancre un peu plus dans mon aventure.

Tout file jusqu’au moment où le relief oblige à ralentir. La route se resserre, devient sinueuse et grimpe fortement. L’air se purifie.

Tout en haut? Une vue imprenable sur Santiago, immense et majestueuse. Merveilleusement belle! Drôle d’impression que ma petitesse face à la capitale chilienne. J’en vacillerais presque à nouveau, tellement c’est beau et par ce que je réalise, enfin, où je suis.

A ce moment là et pour la première fois, un frisson me transperce. J’ai froid. Je viens de France, de l’été mais ici je suis au Chili, en hiver et il ne fait que quelques degrés.

La voiture redémarre, roule encore et encore, direction Huechuraba et plus particulièrement, la maison de Carlos et Gloria, la famille d’accueil de Marie au Chili.

Leur maison est belle. Leurs filles sont belles. Ils sont beaux, comme Santiago vue d’en haut. Et de nouveau, ils me collent, m’enlacent, m’embrassent et m’accueillent comme leur fille. Je ne suis qu’une étrangère mais je peux sentir en eux l’amour qu’ils me portent déjà. Parce qu’ils ont foi en l’humanité. Parce qu’ils font confiance en premier. En France, nous aurions douté, observé, analysé, testé, jugé. Je suis touchée et bouleversée. Cette fois, je n’ai pas envie de reculer. Je me laisse envelopper par cet amour d’une forme inconnue pour moi certes mais tellement belle et bienfaisante.

Malgré cet accueil plus que chaleureux, ma famille me manque. Je pense à eux, à les appeler. Je me coupe un peu des discussions, que je ne comprends toujours pas, Je me perds dans mes pensées.

Marie m’annonce qu’elle doit partir pour la matinée, que ma famille d’accueil est en congé pour trois jours et qu’en attendant leur retour, je vais rester, chez Carlos et Gloria.

Je suis partie de France depuis plus de 24h, je suis sale et fatiguée. Je vais me doucher puis me reposer, et pleurer un peu il faut bien l’avouer. Pourquoi? Pleurer pour évacuer. Pleurer ma tristesse d’être séparée de ceux que j’aime, pleurer les émotions intenses qui accompagnent cette expérience, pleurer la joie de découvrir une autre humanité. Pleurer pour intégrer.

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